L’Histoire lorsque l’on a le nez dessus…dedans,
je dirais même, on n’y voit rien, on ne s’occupe que des détails
(Alphonse Boudard)
Il fallait quand même que je vous explique les raisons qui me font douter du génie de ce personnage, souvent cité, dans notre domaine, le monde sous marin.
Je vais quand même m’y attarder car grâce à un romancier d’outre atlantique, il en est fait état, sans cesse, d’une manière pour le moins dithyrambique.
Partant de là, je vais pouvoir, à mon tour vous transcrire mes états d’âme, laisser aller mon imagination, que certains, je me demande bien pourquoi, juge débordante. Passons !
Mais comme vous allez le voir, mon approche est quand même basée sur des faits notoirement historiques.
Je ne traiterais donc pas de sa grande réputation artistique en matière de peinture, n’ayant pas les connaissances requises.

Léonard de Vinci
A part la Joconde, que j’ai vue une fois au Louvre, je suis incapable d’en dire plus.
Par contre sur ses inventions subaquatiques, je suis à même d’en faire largement état.
Il aurait inventé les palmes, ce qui est une hérésie, Non, il a inventé des gants natatoires, dont personne ne s’est jamais servi. Dans la gravure qui figure dans son codex atlantica, on peut voir un espèce de scaphandrier qui se déplace debout sur le fond. Au bout des pieds apparaissent des griffes, genre crampons de coureurs olympiques dopés !
Ou cela devient plus grave, c’est son invention du scaphandre. Encore une fois, l’un de ses croquis nous montre un plongeur immergé respirant sous l’eau dans un tuyau d’arrosage qui arrive en surface tenu par un flotteur. Ceci est présenté et expliqué sur de nombreux sites Internet. Que l’on en juge, c’est clair et précis :
« Léonard de Vinci (1452-1519), imagine un masque avec tuyau amenant l'air au plongeur. Utilisable pour des profondeurs ne dépassant pas quelques dizaines de centimètres cette technique est irréaliste à partir d'1 mètre de profondeur, l'eau y exerce déjà sur la cage thoracique une pression équivalente à un poids de 200 kg, la respiration y est donc très difficile »
C’est le moins que l’on puise dire !
Devant une pareille évidence je n’aurais pas été plus loin si je n’avais découvert, dans un premier temps, les dates de son existence. Et ensuite continuant à me promener sur la toile le texte suivant :
« L'invasion de Milan par les troupes françaises pousse Léonard de Vinci à quitter la ville et à trouver de nouveaux mécènes. Réfugié à Venise, il tente de convaincre les notables de la ville que sa nouvelle invention pourrait permettre de repousser la flotte turque. Le maître florentin a en effet imaginé une combinaison étanche pour attaquer l'ennemi depuis le fond de la lagune. Une équipe de scientifiques tente aujourd'hui de vérifier si les recherches du maître auraient permis cet assaut sous-marin... »
Euréka aurait dit Archimède ! Car les dates de ce brave léonard, Léo pour les intimes, Nanard pour les autres, correspondent parfaitement avec celle de l’un de mes lointains ancêtres, le doge Leonardo Lorédan. Cela vous étonne ! Et bien, je m’en explique :
« Leonardo Loredan était le Doge de Venise de 1501-21.
La famille Loredan donnera deux autres Doge -Pietro (1567-1570) et Francesco Loredan (1752-1762)- a la ville. La famille Loredan possédera plusieurs palais, notamment celui qui abrite le conseil municipal actuel de la ville de Venise » Lorédan devenu Loridon, je peux revendiquer cet héritage à juste titre.
Il devenait donc facile de conclure que ces deux Léonard s’étaient très certainement rencontrés. Je parti donc à la recherche de cet évènement où ma famille avait son mot à dire.
Car quand même si Léonard de Vinci avait proposé à mon grand aïeul un scaphandre, ceci pouvait expliquer pour quelles raisons j’avais fini dans cette digne profession ! Non ?
C’est quand même troublant car, sans être un adepte farouche de la métempsychose, je ne me suis jamais expliqué comment en ayant mis sept ans pour apprendre à nager, j’étais devenu plongeur professionnel.
Effectivement, c’est à huit ans que mes parents m’ont livré à un maître nageur pour devenir un adepte de la natation. Ce digne formateur m’a accroché sous une potence, me faisant tremper dans l’eau d’une piscine, lui-même assis sur un pliant au bord de la dite. Là, il a tenté, en vain, de m’enseigner ces mouvements grenouillesques qui théoriquement nous permettent de rester en surface. Au bout de quelques séances, m’ayant libéré de ces attaches sécuritaires, il a tenté de me faire évoluer dans l’onde amère. Sans succès ! Et de me remettre le harnais sous la potence ! J’aurais pu en rester là, si un brave prof’ de gym, sept années plus tard, ne m’avait convaincu, en me faisant découvrir que l’on flotte très bien sans se livrer aux ébats de ce que l’on appelle la brasse, le crawl et autre indienne.
Je ne suis pas devenu du jour au lendemain, un digne émule de Johny Weissmuller ni de la charmante Laure Manaudou, mais je flottais !
Inutile de vous dire que si, par la suite, je me suis toujours parfaitement senti à l’aise avec une paire de palmes, un masque et un tuba, je n’ai jamais, au grand jamais été un farouche adepte de la baignade collective à la plage voisine !
Alors, j’en reviens à mon héritage vénitien ! Je dois donc tout cela à Leonardo Lorédan ! J’en suis sur ! En conséquence, je vais me transformer en rat de bibliothèque et je cherche à savoir qui est ce doge.
Il est célèbre, bien sur ! A cause de son portrait réalisé par Bellini, un peintre de l’époque. En y regardant de plus prêt notre ressemblance n’est pas frappante ! Tant pis ! Je continue jusqu’a ce qu’un ami d’outre Apennin m’envoie une liasse de vieux papafars, accompagnés d’un texte laconique :
C’est peut être ça, mais je ne suis pas sur de la véracité de ces parchemins. Méfies toi !
Tant pis je vais faire avec. Car que disent-ils ces palimpsestes ? On y lit :
« Conversations sur ce qu’il advint de l’invention de l’appareil à plonger que Léonard de Vinci proposa au doge de Venise Leonardo Lorédan… »
Là, je vais vous traduire cela en bon français et mettre la phraséologie de l’époque en ordre. Donc, sous forme de dialogues, nous obtenons, avec les initiales LV pour Vinci et LL pour Lorédan :
LV : je remercie votre altesse sérénissime de bien vouloir m’accorder l’hospitalité en ces périodes de troubles.
LL : La République est honoré de votre présence…Vous ne pouviez pas mieux tomber, votre réputation d’inventeur va nous être utile.
LV : ce sera avec plaisir, mais aurais je les compétences requises ?
LL : sans aucun doute. Vous avez pu constater que nous sommes assiégés par la flotte turque. Trouver nous un engin quelconque pour nous en débarrasser. Vous n’aurez pas affaire à des ingrats, vous serez payé au RMI (règlement en monnaie italienne ? je ne suis pas bien sur de ma traduction mais c’est ce qui me parait le plus vrai) et nous vous donnerons une carte de séjour. Sans cette pièce indispensable, vous risquez de vivre clandestinement. Ce qui chez nous ne dure pas, il est accordé à ce moment là un séjour sous les plombs ! Non, mettez vous au travail et sortez nous d’affaire…
A partir de cet endroit le document est déchiré et ce qui reste est peu lisible.
Devant de tels arguments Léonard de Vinci se serait effectivement mis à l’ouvrage.
Qui plus est un pareil sponsoring, cela ne se refuse pas. Ombrageux quand même, il n’avait pas bien pris les menaces sous jacentes du doge, mon parent. Aussi a-t-il du se dire que quelques unes de ses idées fantasques suffiraient à rassurer son hôte. C’est certainement ainsi qu’il fit figurer des individus marchant debout dans les fonds sous marins en leur mettant des griffes aux pieds. Il avait du essayer lui même cet exercice et s’était, sans aucun doute, rendu compte que la position verticale est dificile à tenir dans notre milieu. Tel le montagnard qui cherche une prise, il a du tenter de garder l’équilibre en s’accrochant avec ses mains. En vain ! c’est alors qu’il a inventé des gants natatoires…Voir le croquis joint qui fait dire à des tas d’illustres internautes, se voulant chercheurs et historiens, qu’il s’agit de palmes. Et bien non ! Le manuscrit qui m’avait été communiqué en très mauvais état comme je l’ai souligné plus haut, il n’y avait pas de suite. Mais connaissant maintenant le début il est facile de se l’imaginer. Il a donc du remettre au doge ses premières élucubrations :
Messire Lorédan, veuillez trouver là une étude qui permettra à des soldats de se rendre sous la flotte adverse, de creuser des trous à l’aide d’une tarière sous les coques. Ce qui les fera couler immanquablement.
Mon arrière, arrière….et plus que cela
grand père, n’était quand même pas tombé de la dernière pluie.
Les Lorédan qui allaient au fil des siècles devenir des Loridon étaient des gens sérieux. Et les Vénitiens, la mer, ils connaissaient. Aussi, après avoir éxaminé longtemps le projet de Léo, il lui fit cette remarque que vous jugerez tout comme moi, judicieuse et pragmatique :
Signor Vinci, ce que je vois là est fort bon, mais vos marcheurs sous marins, il va leur falloir sortir la tête de l’eau pour respirer. Et les gars d’en face ils vont vous les flécher façon Guillaume Tell où Indiens des Rocheuses ? Alors ?
Exact votre seigneurie, je vais y réfléchir et vous apporter la solution. En fait il faudrait que vos troupes soient totalement immergées.
Et de se remettre sur ses croquards. Reconnaissons-le, il avait un sacré trait de plume. Ses peintures sont, par ailleurs, là pour le prouver. Je l’admets bien volontiers. Mais dans l’application, ses idées fumeuses c’est une autre paire de manches.
S’inspirant de l’un de ses prédécesseurs, Diégo Ufano, et du recueil « De re militari » de Végèce, il pondit a son tour le projet que vous connaissez tous , décrit plus haut, du personnage immergé qui respire dans le tuyau remontant en surface. Ils ont été nombreux à y penser et visiblement très peu ou même aucun à l’essayer.
Actuellement, même dans notre société de chercheurs modernes, il existe des romans où des films ou de braves guérilleros ou bandits (selon où l’on se situe) qui respirent dans un roseau pendants que les méchants en surface les recherchent en vain. Personnellement, avec ce genre de gus qui voudraient me faire la peau, je ne me risquerai pas à ce type de ruse. Non, la course à pied qui a fait ses preuves est encore le meilleur moyen d’affronter le danger.
« Courage ! Fuyons » reste une sage maxime. Je m’écarte et je philosophe…
Comment mon ancêtre a-t-il pris cette proposition hasardeuse, je n’ai rien trouvé à ce sujet. Je subodore qu’il a du vite se rendre compte de la supercherie du Toscan. Sans doute par grandeur d’âme, on est comme cela dans la famille, l’a-t-il fait jeter hors de la ville par ses archers républicains en l’incitant à aller se faire peindre ailleurs.
Léonard ne se l’est sans doute pas fait dire deux fois. Rusé et machiavélique comme son collègue qu’il a d’ailleurs fréquenté, il a été chercher asile auprès du roi de France, le grand François 1er. Ce dernier, brave comme c’est pas possible, l’a accueilli à bras ouvert.
Il est, parait-il, émis qu’il comptait sur l’italien pour lui trouver une potion destinée à guérir une maladie qu’il aurait ramenée de ses conquêtes militaires, et plus particulièrement féminines. Je n’accorde que peu de foi à cette rumeur mais je me sens néanmoins obligé de vous en faire part.
Dans la mystification Léonard avait assez donné, sans doute et ne se risqua pas à tenter d’enrayer « le mal de Naples » de notre glorieuse majesté.
Surtout que, ce dernier l’avait si bien adopté qu’il lui fit obtenir un logement de classe sur les bords de la Loire. Il y repose d’ailleurs depuis.
Je n’irai pas plus loin dans cette partie, je le répète, toute légendaire. Notre sujet se basant sur l’histoire de la plongée, j’en resterais là, vous prouvant encore une fois qu’il faut se méfier de ces idées toutes faites et tellement facile à avaler.
Gérard Loridon
Le vieux Scaph’
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