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=> Bibiographie de G. Loridon


Les menus problèmes de l’Abbé de La Chapelle … ?

par Gérard Loridon

J’ai déjà relaté, en d’autres textes, pouvant être plus sérieux, le fait que l’Abbé Jean Baptiste de la Chapelle avait apporté à la France un illustre cadeau historique en nous léguant le mot « Scaphandre ».
Je rappelle que le mot scaphandre, nom qu’il donna à sa ceinture de liège en 1765, invention bizarre, vient du grec Scaph pour navire ou bateau ou barque et andros pour l’homme. Ce qui donne le bateau de l’homme.
Mais bien que les explications fournies paraissent exactes et justifiées, il n’en reste pas moins qu’il est quand même surprenant que ce digne ecclésiastique, qui vraisemblablement ne savait pas nager, puisse avoir inventé une bouée, où un habit en liège permettant de flotter à la surface de l’eau.
Ce qui n’a pas manqué d’éveiller mon attention et comme à l’ordinaire ma curiosité. Car quand même vouloir se doter d’une ceinture de sauvetage comme cela d’un seul coup, il est normal de se poser des questions. Ce, d’autant plus que ce type d’appareil existait déjà. Peut être pas tout à fait sous la même forme mais quand même…
Je trouve en 1748, un commerçant dieppois nommé Bonnal qui vendait une ceinture de liège sur le port. Sans occulter, en 1757, un colonel d’infanterie légère, monsieur de Gélacy, qui lui aussi fait usage du liège en confectionnant « …un pourpoint en liège pour soutenir les hommes hors de l’eau et les préserver d’être noyés au cours d’un naufrage… »
Certes, comme je le dis plus haut, notre abbé ne savait pas nager, ce qui était courant dans la population de l’époque. Alors pourquoi cette soudaine invention qui ressemble fort à un plagiat ?
Je recherche donc qui était cet abbé de la Chapelle…Et je découvre qu’en plus de ses connaissances théologiques c’était aussi et surtout un mathématicien. Qu’il avait par exemple fait des recherches et communications sur les cônes ! Et ce pas n’importe où, non, à la cour royale d’Angleterre. De plus en plus mystérieux cet homme, Car si l’on examine bien son parcours :
- C’est un ecclésiastique qui sait lire et écrire…Normal c’était eux les savants…
- Il vit en Angleterre où il travaille sur les cônes et fait des communications.
- Et d’un seul coup il invente une bouée de sauvetage en liège. Quand je dis qu’il invente, je suis un peu péremptoire car, en fait cela existe déjà.
Surprenant quand même. Car où était-il avant ce brave capelan ?
Mystère…Il me faut étendre, en vain, mes recherches.
Par contre, à cette occasion, je découvre dans les textes de justice de l’année de son invention, qu’un ecclésiastique doit être noyé « dans un sac en Seine » comme le disait François Villon et par la suite Brassens.
Diable, ne croyant pas aux coïncidences, cette histoire de religieux qui doit être noyé par une ordonnance royale, alors que l’un de ses collègues met au point un engin évitant ce fâcheux accident, cela me parait être, une coïncidence, pour le moins bizarre. Sur les documents découverts, forts anciens, le nom du condamné n’est pas lisible, ce qui me rend encore plus dubitatif.
En fait, si l’on connaît la sentence, on ne connaît pas les causes. Certes la justice du roi était quelquefois expéditive, souvent cruelle, surtout vis-à-vis du malheureux vilain.
Mais avec un représentant de l’église, d’ordinaire on prenait des gants. La peine suprême consistait souvent à quelques années de couvent. Le temps de se faire oublier.
Dans ce cas, donc, le crime ou le délit devait être grave, conséquent, dramatique. Que sais je ?
Je cherche et je finis par trouver que le prévenu, homme d’église, n’est pas moins accusé de fabrication de fausse monnaie.
Un capelan dans la fausse mornifle, dans les faux talbins ! Quelle honte.
Néanmoins, vu sa fonction, il écope d’une faveur dans l’application de la peine. Il est dit un peu plus loin que oui, le roi Louis XV, dit le bien aimé, aurait commué la peine d’origine !
Quelle était donc la dite peine ?
- Depuis St Louis il était prévu que « Les faux monnayeurs seront punis par la perte des yeux… » Mais dans certaines provinces jugeant cette peine trop laxiste sans doute il était dit dans un article 634 « que les faux monnayeurs seraient bouillis dans l’huile et pendus »
Il est évident que de tels procédés n’incitait pas le bas peuple à battre monnaie.
Alors le curé en question, pour quelles raisons avait-il pris de tels risques ?
Un peu plus loin dans les états du jugement il est écrit en vieux français…je traduis :
- Que le susdit abbé (toujours pas de nom !) s’était rendu coupable de rapports bibliques avec la jeune fille du Marquis de… (la aussi le nom est effacé !) et que la dite s’était retrouvée dans un état de grossesse fort avancé. Que le dit marquis, ne pouvant pas obtenir réparation sur le pré avec un homme d’église, lui avait demandé une forte somme, aux titres des dommages et intérêts, nécessaires à l’état de mal d’enfant de la pucelle. Ajoutant fort en colère qu’il lui ferait subir le sort cruel d’Abélard, si il ne s’exécutait pas dans des délais très bref.
Le coupable se disant pauvre, s’était vu mal recevoir auprès de son évêque auquel il était venu demander quelques subsides. Ce dernier l’avait chassé de son bureau le menaçant d’excommunication et le traitant de :
- « Paillard ! Jouisseur ! Luxurieux personnage ! Suppôt de Satan ! Coquin engrosseur… »
C’est en sortant qu’il était tombé sur un ami venu à confesse pour se repentir d’avoir, tenté de fabriquer des fausses pièces, ses paroissiens trop près de leurs sous, fieffés avares ne lui permettant pas de vivre. Il lui expliqua benoîtement qu’il pouvait lui céder provisoirement son matériel, moyennant un pourcentage substantiel aux bénéfices.
Ces judicieux conseils tombés dans les mains d’un homme de peu d’expérience en la matière ne pouvaient que se transformer en catastrophe.
C’est ainsi que s’y étant pris fort maladroitement, les archers du roi s’étaient présentés un soir alors qu’en pleine action, il pressait des jaunets sans or !
Embastillé, jugé il allait être bouilli dans l’huile, comme une frite belge, quand le roi avait décidé que non, son péché d’origine, du la jolie diablesse qui l’avait séduit ne méritait pas un tel sort.
Louis XV était lui bien placé pour savoir qu’il est difficile de résister aux doux péchés de chair. Cette dernière se révélant souvent très faible, comme il est dit dans l’Évangile (St Mathieu 26è chapitre / St Marc 14è)
La renommée de son célèbre Parc aux Cerfs est d’ailleurs, en ce domaine, restée historique. Il est relaté qu’il y culbutait plusieurs dizaines, sinon quelques centaines, de jeunes donzelles et autres marquises, selon les médias de l’époque. Il pensait donc que la faute commise, après des années d’abstinence, comme il sied à ceux qui sont censé avoir une telle vocation ne méritait pas une sanction si rigoureuse. A bien noter la différence dans la hiérarchisation des peines…
Il commua donc l’ébouillantement en noyade, pratique courante dans ce type de cas.
Et soudain, le texte signale que suite à des travaux d’invention du prévenu, qui avais retenu l’attention du roi, la peine avait été tout simplement amnistiée !
Il aurait pu être évoqué une méthode de fabrication d’une nouvelle monnaie qui aurait bien arrangés déjà, le déficit des finances de l’état. Mais, la maladresse de notre abbé à la base de son embastillement, ne plaide pas en ce sens. Alors, mettre au point une bouée de sauvetage, c’est quand même plus praticien.
Donc, et comprendre qui pourra, mais passer de la noyade de justice, à la grâce royale, brutalement, il y a de quoi se poser des questions.
Hélas elles seront sans réponse. En tout cas, nous resterons dans l’expectative, jusqu’à ce que l’un de nos très sérieux historiens de la plongée sous marine puissent établir un lien entre ce curé, condamné à l’immersion mortel, et notre Abbé de La Chapelle qui réinvente très soudainement, une bouée de sauvetage.
Alors, accordons lui le bénéfice du doute. Mais doute quand même car si il n’avait pas inventé le mot « Scaphandre » très certainement nous ne l’aurions pas découvert et si bien honoré.

Gérard LORIDON

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