Patrice BOURDELET, bonjour, pourriez vous pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas nous parler un peu de vous?
Je débute par la chasse sous-marine en 1966, passe à la plongée et obtient mon B.E. en 1969 et mon B.E.E.S.2 en 1975. Pendant plusieurs années, je voyage avec mon diplôme de moniteur pour tout passeport, des Maldives au Mexique en passant par l'Irlande et j'en profite pour apprendre l'anglais. Ma formation technique d'origine m'amène à travailler comme conseiller auprès de nombreux fabricants (Fenzy, Mares).
Passionné par les nouveautés dans le domaine du matériel, je participe activement à partir de la fin des années 80 à l'introduction en France du gilet stabilisateur et de l'ordinateur de plongée, deux éléments qui bouleversent les habitudes des plongeurs français. Je parcours alors l'hexagone pendant près de dix ans pour donner de nombreuses conférences techniques sur mes deux sujets de prédilection pour le compte de plusieurs fabricants (Mares, Suunto, Oceanic, SeaQuest, etc.). Marques, entre autres, pour lesquelles je réalise les traductions des manuels d'utilisation des appareils. J'écris un lexique français/anglais de la plongée L'Anglais tel qu'on le 'plonge' (1986, 1994, 1998 et 2006), puis un ouvrage sur les systèmes de flottabilité Vingt mille bouées sous les mers (1989), ensuite avec Ariel Fuchs un premier livre sur les ordinateurs de plongée Tout savoir sur l'ordinateur de plongée (1996) qui obtient le prix Rouquayrol Denayrouze attribué par la FFESSM. Je collabore aussi par des articles techniques sur le matériel aux revues Plongée Mag, Apnéa, Océans et Subaqua.
Les ordinateurs font partie intégrante du matériel du plongeur, on ne conçoit pas de plonger sans. Comment expliquer cette évolution et quand voit on apparaître ce phénomène?
Les premiers ordinateurs de plongée abordables, l'Aladin distribué par Beuchat et le SME-ML de Suunto, apparaissent en France au salon nautique de Paris en janvier 1987. Leurs débuts seront très difficiles car, d'une part, les plongeurs ne croient pas à la fiabilité de l'électronique en milieu marin et, d'autre part, ils ne cernent pas très bien les possibilités des instruments et surtout leurs limites. Certains attribuent à l'ordinateur des capacités que l'instrument n'a pas et cette incompréhension ou cette méprise due une méconnaissance du principe des ordinateurs sera à l'origine des premiers accidents.
Il faudra presque dix ans de communication, d'information et d'enseignement pour que les plongeurs commencent à cerner correctement le rôle, les possibilités et les limites de l'ordinateur de plongée. Si bien qu'à partir de l'an 2000, l'instrument entre vraiment dans l'équipement courant du plongeur. Il faut dire qu'une fois bien compris le rôle de l'instrument, ses avantages sont incommensurables par rapport à l'ancien système de calcul de la plongée à l'aide d'une montre, d'un profondimètre mécanique et d'une table. Précision des mesures, centralisation des paramètres, rigueur des calculs, contrôle précis de la vitesse de remontée, vérification de l'exécution des paliers, gestion de l'autonomie, suivi des successives, mémorisation des profils, simplicité d'utilisation et fiabilité sont parmi les nombreux avantages de l'instrument. A tel point que désormais, avec l'ordinateur une plongée ne se calcule plus, elle se gère et c'est là toute la différence. Il est donc tout à fait logique que l'ordinateur de plongée ait fini par s'imposer comme un instrument incontournable, car pour un coût tout à fait raisonnable il simplifie la vie du plongeur tout en lui apportant plus de sécurité. L'ordinateur est maintenant tellement entré dans les mœurs des plongeurs que certains d'entre eux n'ont peut-être jamais connu autre chose et n'ont qu'une vague idée de ce qu'est une table de plongée !
Est ce que les plongeurs connaissent vraiment les possibilités d’un ordinateur et utilisent ils le leur toujours à bon escient?
Ce sont les deux questions essentielles ! Comme nous l'avons vu lors de l'arrivée de l'ordinateur, les premiers accidents furent causés par une profonde (si je puis dire!) méconnaissance de l'instrument. Aujourd'hui, les choses vont beaucoup mieux, même s'il circule encore (et malheureusement très rapidement à cause d'Internet) quelques idées fausses ou préconçues complètement erronées. Mais dans l'ensemble, les choses sont plus claires pour tous même si souvent les connaissances des plongeurs sur le sujet se limitent au seul manuel d'utilisation de l'instrument qu'ils utilisent. Manuel que certains avouent même n'avoir pas toujours lu entièrement. Or la sécurité du plongeur repose en grande partie sur la connaissance de son ordinateur, sans oublier bien sûr le respect des immuables règles élémentaires de sécurité. Car penser que l'on peut se comporter n'importe comment sous l'eau sous prétexte que l'ordinateur se charge de la gestion de la plongée est une croyance encore trop répandue et dangereuse. L'ordinateur ne fait pas de miracle, ce n'est pas une baguette magique anti-accident, il n'a pas rendu obsolète les lois de physique élémentaires qui régissent les séjours sous l'eau des mammifères terrestres que nous sommes.
Je ne saurais trop conseiller au plongeur de bien connaître son ordinateur et en cas d'incompréhension ou de doute de s'informer auprès de sources de références (fabricants, publications, spécialistes, moniteurs) pour éviter toute mauvaise interprétation. Attention, le petit copain du club qui a le même modèle que vous et depuis plus longtemps n'est pas forcément une bonne source d'information. Il y a parfois pas mal d'interférences sur "Radio Club de Plongée".
Enfin, que peut-on attendre des futures générations d'ordinateurs?
Je commencerai par dire que les ordinateurs actuels nous offrent déjà énormément de possibilités grâce à leurs innombrables fonctionnalités que peu de possesseurs utilisent réellement en totalité. C'est un peu comme les téléphones portables… Mais l'évolution doit suivre son immuable cours. Alors il y aura demain de nouveaux ordinateurs plus compacts, possédant une autonomie plus grande, dotés d'affichages moins conventionnels, etc. Ils seront aussi probablement plus polyvalents, leur microprogrammes (firmware) pourront être remis à jour par téléchargement (comme un PC), leurs écrans matriciels seront modifiables à l'infini et leurs modèles de calcul certainement établis grâce à des bases de données statistiques constituées à partir de collectes de paramètres réalisées par internet. Mais souhaitons que leur utilisation persévère aussi dans la simplicité, l'intuitivité et la convivialité.
Patrice BOURDELET merci et à bientôt.
À bientôt
Patrice
aricle rédigé en partenariat avec l'AnnuairedelaPlongée.com 