Là-bas, le monde sous-marin aime parfois la multitude.
Les bancs de castagnoles tournoient dans les flots bleus.

Les saupes se déplacent en troupeaux, tantôt broutant les algues de manière plutôt désordonnée...

… avant de s’envoler en escadrille scintillante de mille feux vers d’autres pâtures.

Prenez le temps de les admirer, elles ne sont pas craintives.
Je ne suis pas attiré par les algues filamenteuses broutées par les saupes ; en revanche, une petite salade d’ombrelles de mer me tenterait !

Quelques plumularia pourraient parfaire la décoration...

D’autres poissons herbivores préfèrent la solitude.

Certains sars sont encore en pyjama rayé. La matinée est pourtant bien avancée !

Une comatule rouge se cache dans les herbiers de posidonies.

Mais les îles offrent des magnificences uniques.

Les tombants de gorgones sont de véritables forêts d’arbres effeuillés, de branches crochues comme dans les bois où Blanche Neige se perd avant de trouver la maison des sept nains...

Vous ne trouvez pas que l’ambiance est un peu triste ?

C’est parce que j’ai oublié d’allumer la lumière !

Là, c’est mieux, non ? À l’aide de mon phare, je ravive les couleurs catalanes des gorgones.

Cette année, j’ai loupé la ponte des gorgones, qui ne dure que quelques jours...

Je ne me lasse pas de ces gorgones couleur sang et or. Tandis que les gorgones tapissent les tombants verticaux, le corail vermeil se fixe aux voutes de chaque cavité.

Ces cavités sont parfois le gîte de murènes qui, dans leur langage muet, m’invitent à admirer leurs robes d’été.

Mais il m’est difficile de différencier les robes des murènes, je l’avoue.
Les petites cavités sont aussi le refuge des anthias, magnifiques petits poissons rouges.

Ils sont ici moins nombreux que sur l’épave du Bananier, mais tout aussi jolis.
Ils rivalisent en merveilleux avec les corbs, poissons qui vous tournent toujours le dos.

De gros chapons hérissent leur nageoire dorsale à notre passage.

Ils se savent plus photogéniques nageoires dressées !
Bon, je me suis encore perdu ; me voilà dans une sorte de canyon...

On serait ailleurs, je dirais que ça fait un peu coupe gorge...
D’ailleurs...

Pourquoi c’est toujours moi qui tombe sur un os (enfin, une arête) ?
Avant que je n’aie le temps de sortir de cette souricière, rapidement, au-dessus de moi, passe une ombre fugitive...

Puis, plus près, sur ma gauche, une autre ombre repasse rapidement.

J’ai cru voir un gros mérou ?!?
Mais oui, c’est bien un gros mérou ! D’ailleurs, je suis quasiment encerclé...
Sur les côtés :

Derrière moi, un mérou tente de se cacher lorsque je tourne la tête, mais je l’ai bien vu !

Et puis en voilà un qui se met devant moi.

Il se rapproche, fier et imposant.

Bah, ce n’est qu’un mérou, qu’est-ce que vous auriez fait, vous, à ma place ?
Stoïque je suis resté. Immobile, en expectative.

Et le voilà qui parle dans l’eau ! Ce n’est pas comme la murène, qui ouvre et referme sa gueule en silence ; je dois être tombé sur un mérou télépathe !

« Que crois-tu qu’il soit arrivé au poisson dont tu as croisé la dépouille ? »
« C’est une réserve, ici il est interdit de faire le moindre mal à tout ce qui nage, flotte, coule... Et pourtant un poisson est mort ici d’une mort pas vraiment naturelle »

« Alors, les plongeurs qui ne regardent pas où ils posent leurs palmes, moi, juge Mérou, je les arrête ! »

« Foifoi, tu es accusé de poissonicide sur un sar »
Mais... Je viens d’arriver, moi ! L’arrête était déjà là, bien blanche !

« Tu as déjà oublié tes précédentes plongées ici ? »
« J’ai un témoin en la personne de la comatule rouge que tu as à moitié explosée d’un coup de palme après l’avoir photographiée ! Cela réclame châtiment et réparation »
Encadré par les mérous, j’ai été escorté jusqu’à l’antre de Poséidon.
Mais la suite de mes aventures parmi les Dieux de l’Olympe marine n’a pas trop d’intérêt ; je me suis rapidement évadé avec l’aide d’Aphtrodite séduite par mon côté Marlon Brando (vous en déduirez ce que vous voulez suivant vos fantasmes)... C’est donc pour ça que j’étais en retard samedi soir ; c’est ce que j’ai raconté à ma femme ; elle ne m’a pas cru !
P.S. : bien sûr, toute cette histoire est véridique, j'ai hélas bien explosé la comatule et cela mérite pénitence...



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