de BINETTEREUNION » 07 Aoû 2008, 09:59
La nuit tombe : pourtant le ciel est encore comme un cocktail, mi orangé, mi grisé? le noir domine peu à peu et on s'enfonce dans le mystère de la plongée de nuit...
Plus rien n'est comme le jour, le port est sombre, le camion du club presqu'invisible, le silence règne dans les préparatifs à mon arrivée, les équipements sont rangés comme si eux aussi se préparaient à ce moment qui sera spécial pour nous tous (pour une majorité c'est notre grande première de nuit) et on tombe rapidement dans la langueur de cette soirée fraiche mais où chacun d'entre nous a conscience qu'elle changera à tout jamais notre expérience de jeune ou moins jeune plongeur. Nos parcours sont si divers, notre expérience si hétérogène mais nos ressentis à l'unisson quand on embarque pour partir sur le site de Canyon que j'affectione particulièrement !
En route, comme toujours, je me pose, fais le vide dans ma tete, me concentre et m'inquiète un peu : mais où est Canyon ? Où sont les fonds limpides que j'ai l'habitude de voir ? Je réeduque ma vision et tous mes sens et je comprends alors ce qu'est vraiment la plongée. Au delà de l'envie de "voir" à tout prix, c'est "ressentir" à fond, etre à l'écoute de la nature et de ce qu'elle nous offre, si versatile, si changeante qu'en quelques heures nous ne la reconnaissons meme plus...
Une bascule arrière, un peu laborieuse mais aussitot que je plonge dans l'eau, le stress s'évanouit et l'aventure commence : Canyon est à nous pour la nuit ! A ce moment je me demande si Canyon est à nous ou si nous sommes à Canyon car cette plongée m'a prouvé combien la nature peut etre surprenante et inattendue...
Commence l'immersion au bout, tout ensemble les uns derrière les autres et là, panique : mon masque commence à se remplir, mes deux mains sont prises, l'une par le bout qu'il ne faut pas lacher, l'autre par la lampe. Très vite un masque plein d'eau, mes yeux qui me piquent horriblement et le sentiment que je dois suivre quand meme les autres en trouvant une solution. Un premier vidage express, ça va un peu mieux, mais le masque se remplit à nouveau et là mon coeur qui bat la chamade et l'envie de remonter, la panique, la tristesse profonde d'avoir échoué, de ne pas avoir été à la hauteur, des images de mes succès antérieurs comme si c'était la fin... Car dans ma tete c'est la fin, j'ai baissé les bras moralement, je secoue vigoureusement Gigie et dans le meme temps je tente un ultime vidage pour essayer et là, miracle, tout est clair, tout va bien et la descente se poursuit naturellement. Les idées d'abandon m'abandonnent et la joie est immense : j'ai su gérer, je ne suis pas une lacheuse, tout va bien.
A notre arrivée, une jolis couleur dans les rosés, peut-etre les carmins, oui plus proche du rouge, immobile, pas farouche , en veux-tu en voilà ! Je ne sais plus, mon coeur bat encore si fort... Puis un décollage et là une multitude de voiles virevoltant, ondulant, une texture comme du velours, une danse volatile, lascive, c'est une danseuse espagnole ! Elle se laisse approcher, manipuler, caresser, elle est si belle, elle danse le flamenco. Elle fait son show pour nous et on en redemande, les flash des photos se succèdent, les lampes sont braquées sur elle et un film est réalisé... Puis Gigie la repose pour en faire profiter la palanquée de Didier et commence alors notre exploration.
Canyon est à moi : j'y ai fait mes deux baptemes, j'y ai des souvenirs inoubliables et à cet instant j'ai le sentiment d'etre descendue aller récupérer de vieilles affaires que j'avais laissé dans ma cave... Des souvenirs, des émotions : tout m'est pourtant si familier de jour et alors si étranger de nuit. La magie du noir opère, on commence une exploration riche en rebondissements...
Des jeux de lumières, une perte de repères totale puis sur la gauche tout à coup une énorme tortue franche (merci Gigie pour les noms), immense, souveraine des profondeurs, une tete comme la mienne et une carapace gigantesque, elle vogue comme si elle ne nous avait pas vu alors que tous nos faisceaux sont braqués sur elle. Mais elle se laisse faire comme si elle comprenait notre intention : se fasciner pour elle...
On poursuit et là une forme, un flux marin hors du commun sur ma hanche gauche, ce n'est pas la houle pourtant forte, peut-etre un peu de courant ? Le courant n'a pas de forme... Mais qu'est-ce ? Un poisson que je ne connais pas ? Et là un pressentiment, une envie de braquer ma torche à gauche, mais une petite voix des mers qui me déconseille d'agir, qui m'inhibe presque. Mais un bras curieux qui veut savoir, la quete du jeune plongeur qui me pousse à agir discètement, la lampe vire à gauche sans meme que ma conscience me l'ait dicté, et là mon pressentiment qui se confirme mais que je refoulerai littéralement jusqu'à la remontée : un requin gris de récif d'environ 1m80... Il fonce près de Gigie, passe sur Antoine puis séloigne avant de laisser deviner son ombre quelques instants plus tard, ombre que je ne verrai point.
Je me refuse à paniquer, je refuse d'y croire, je refuse meme ma présence et dans le meme temps, je me laisse bercer par le chant des baleineaux au loin pour oublier, me rassurer. A ces sentiments de peur se mele une fascination mais tous sont refoulés au fond de moi comme si je sentais que ce n'était pas le moment... Car le moment est dans le récit de ce CR...
L'instant est glacé, littéralement stigmatisé dans mon esprit confus et incertain, mais la ballade suit son cours : ne pas se laisser figer, embarquer, omnubiler, nul ne doit etre souverain de la mer, tellement de choses restent à voir, je ne peux pas et ne veux pas me laisser aller après tous les efforts fournis à la descente. Je dois rester là m'accrocher, y croire c'est le plus important.
L'exploration se poursuit, des langoustes sont là par dixaines, leurs yeux crépitent du jaune au mort doré sous la lumière de nos spectres et un énorme poissons pierre rouge vif nous fait l'honneur de sa présence : il trone sur le corail comme un empereur sur son rocher... Il est majestueux immobile comme si la place lui revenait de droit : le véritable empereur dans toute sa splendeur.
On poursuit, les torches voguent de droite à gauche, pour scruter, trouver ou peut-etre inconsciemment surveiller les environs... On vogue, on se faufile, on se cogne, on réalise la force de la nuit aveuglante, on se suit comme les galets du petit poucet. Puis caché sous une roche, un poulpe peureux, dérangé par notre venue. Je réalise à quel point on est avides de souvenirs, de ressentis en forçant parfois la main aux espèces, alors on le laisse, nul besoin d'insister, on poursuit notre périple. Contempler nous suffit, quel besoin d'insister ?...
Puis le bout apparait de nouveau sous nos yeux ivres d'images fantastiques et ennivrantes à la fois. La vue du bout me fait battre le coeur, je repense à ma descente tout à coup, mais heureusement une espèce, un genre de chenille jaune qui déambule avec fantaisie non loin du bout me divertit et me détent.
Puis commence la remontée, un peu d'angoisse mais des images qui me font oublier les peurs et les obstacles. On finit par arriver à la surface et là le premier mot est "requin !". J'avais raison, je le comprends à cet instant précis, et je réalise alors que "l'instant" est le mot clé de la plongée. Une seconde, le temps de se froler, de se deviner, de se craindre, on rencontre la nature, notre prolongement et nos origines, d'où on vient, où l'on va, tout défile si vite...
On remonte sur la bateau, on boit pour nous réchauffer, on attend la palanquée de Didier littéralement hystériques de nos trouvailles sous marines, comme si on avait découvert ces espèces et que le monde changerait grace à nous ! On retrouve notre joie d'enfant, notre naiveté et notre insouciance... Un retour aux sources revitalisant, effrayant certes, destabilisant pour ma part, mais une envie de recommencer très vite, de revenir m'abandonner à la "mère" nocturne, édifiante, dominante, fascinante...
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BINETTEREUNION le 07 Aoû 2008, 10:26, édité 1 fois.
PADIReunion et fiere de l'etre (mais a arrete de compter ses points

N2 yeesss ! Vive les 100 ploufs bientot !
N'en peut plus d'attendre le divemaster en octobre !!!
Formatrice anglais BEES (CREPS Reunion)